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| Escales estivales |
A Cuba, la musique et la danse font autant partie de la carte postale que les barreaux de chaise et la casquette militaire du Che, les vieilles bagnoles américaines et les façades décrépies des immeubles qui bordent le Malecon. Logique : là-bas, la musique est partout, elle en rythme le quotidien. Musiques au pluriel, évidemment.
Cela fait un bail que l’île de Castro inonde la planète entière de ses rythmes incendiaires et de ses chansons chaloupées. A la Havane, ce ne sont pas les lieux musicaux qui manquent, ni les événements du calendrier. Le Festival Jazz Plaza - du 12 au 15 février dernier - en est l’un des grands rendez-vous internationaux. La Havane, cité privilégiée du jazz ? Allons bon ! Dans l’imaginaire grossier de nos esprits d’occidentaux, Cuba évoque davantage Buena Vista Social Club et la salsa que le swing du Duke ou les « blue notes » de Miles. Difficile de croire à la fertilité de ce genre-là (américain par excellence), dans une ville, un pays où les USA ont si longtemps été combattus comme « le grand Satan ». C’est l’un des nombreux contrastes qu’offre ce petit bout de Caraïbes, vraiment pas comme les autres. Contraste d’un régime communiste à la main de fer, qui en même temps, depuis l’arrêt du soutien soviétique à l’économie cubaine au début des années 1990, a fait du tourisme de masse sa priorité nationale. Du jazz à la Havane, pourtant, il y en a (presque) toujours eu. Il est l’un des éléments familiers du paysage musical, même si, aujourd’hui, les jeunes lui préfèrent le rap de Kumar ou de Telmary, la timba musclée de Bamboleo, ou surtout le reggaeton (mélange corrosif de musiques caribéennes, ragga jamaïcain et hip-hop qui cartonne dans l’île) du groupe Calle 35 et d’El Medico. Et pendant ce termps, les 30/50 ans, font la queue aux portes des boites à Discotemba – où l’on fait des rencontres en dansant sur des tubes disco mixés par un DJ.
// L'excellence de la scène cubaine
Au début de l’année 2009, cinquantième anniversaire de la Révolution, Jazz Plaza a soufflé ses vingt-cinq bougies. Pendant quatre jours, des dizaines de formations en provenance de tous les coins du monde (vingt-deux pays) se sont relayées, en après-midi et en soirée, et ce, sur les onze scènes dispersées dans la ville. Température muy caliente, dans des salles quasi bondées. On vient à Jazz Plaza pour les artistes cubains, pas pour les autres. Les formations étrangères présentes, à quelques exceptions près, ne constituent pas un attrait
musical majeur. Cela dit : voir des japonais en kimonos, ou des suédois blonds comme les blés, jouer du latin jazz et de la salsa devant deux mille Cubains massés dans un auditorium aussi austère que l’ambassade de Russie à Miramar (le quartier chic) reste un moment d’exception. Pour moi, ces quatre jours de festival ont surtout confirmé l’extrême vitalité de la scène musicale locale, et le niveau de ses interprète : du swing à papa du trompettiste et « rumbero » Bobby Carcassés au big-band de Joaquin Betancourt, des effusions afro-cubaines du formidable projet « Akokan Ire » de Chucho Valdes (sans doute le meilleur groupe du genre à l’heure actuelle) aux sonorités funk électriques du quartet du dandy Roberto Fonseca, du piano forte d’Harold Lopez Nussa ou Rolando Luna aux rythmes explosifs des grands « conjuntos » de salsa (Los Van Van, NG La Banda, la Charanga Habanera ou Klimax) : bienvenue dans la jungle luxuriante des musiques cubaines du XXIe siècle !
// Les 10 ans du Buena Vista
Jazz ou pas jazz, l’ombre du Buena Vista Social Club a plané sur le festival. Et à plus d’un titre. Buena Vista, vous vous souvenez ? En 1998/99, le monde entier succombait aux chansons rétro de papys cubains enregistrés par Ry Cooder et filmés par la caméra de Wim Wenders. Il y a un « avant » et un « après » Buena Vista. A Cuba, comme ailleurs. Avec ses sept millions d’albums vendus et sa nomination aux Oscars, Buena Vista est devenu une marque de fabrique, un attrait touristique. Si une majorité de Cubains n’a jamais vu le film – ni vraiment compris l’engouement suscité – tous sont conscients de l’impact des « super abuelos » (super papys) sur le développement de l’île. A Jazz Plaza 2009, l’Orquesta Buena Vista nouvelle génération - au casting renouvelé mais à la recette identique - a offert une belle prestation. Et à l’applaudimètre du festival, c’est une ex-figure du Buena Vista qui a raflé la mise, sa diva Omara Portuondo (79 ans). Son interprétation de Summertime, donnée lors du gala d’ouverture en invitée du maestro Chucho a fait fondre bien des festivaliers. Mais que dire de son concert-spectacle inouï deux jours plus tard, un soir de Saint Valentin, la plus grande fête populaire cubaine après le Nouvel An ? En chansons, avec extraits de films, photos d’archives et invités à la clé, « Madame Sentimiento » (son surnom) a remonté le cours de son incroyable vie... avec le coeur gros. Le matin même, elle assistait aux funérailles de l’ami Orlando « Cachaíto » López, le célèbre contrebassiste - un des derniers survivants, comme elle, du Buena Vista historique -, disparu deux jours plus tôt.
// Les bons plans musique à la Havane
Pour le latin jazz : l'incontournable club La Zorra y El Cuervo (Calle 23, sur La Rampa), où tous les improvisateurs de la capitale se retrouvent pour une dernière "descargua" (jam session) ; le Jazz Café (plus touristique, à l'étage de las Galerias Paseo Mall, dans le Vedado) et El Greco's Jazz Bar sur le Malecon (numéro 22), nouveau lieu créé sur le front de mer par l'un des vétérans du groupe Irakere. Pour les musiques plus typiques : Casa de la Musica (Avenue d'Italia, dans un théâtre du Centro Habana) où l'on danse chaque soir de la semaine à en perdre haleine ; le Habana Café de l'hotel Melia Cohiba (quartier du Vedado) ; le Bar de la Maison, un beau "parador" niché à Miramar. Pour le reggaeton : Club El Diablo Tun Tun (au-dessus de la Casa de la Musica de Miramar). Le rendez-vous nocturne des jeunes cubains bodybuildés et des "jineteras" (les si nombreuses prostituées). Chaud-bouillant! Ames sensibles s'abstenir!
Jonathan Duclos-Arkilovitch
Une escale à retrouver chaque semaine avec notre partenaire Mondomix.com
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