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| Escales estivales |
Pays de la samba et des batucadas, le Brésil voit aussi fleurir depuis quelques années une scène électronique prolifique, qui n’hésite pas à se nourrir des traditions musicales nationales pour parfaire sa singularité, que celle-ci se manifeste dans le coeur des favelas de Rio ou sur les plages de Bahia pour le renversant festival Universo Paralello, lieu de partage unique entre tendances dancefloor et rituels plus anciens.
Douceur bossa nova langoureusement distillée depuis un club de plage ou un bar à caïpirinha, ou frénésie carnavalesque rythmant les artères enfiévrées de Rio de Janeiro, Salvador de Bahia, Recife ou Olinda... le Brésil reste une destination musicale à nulle autre pareille, dont la singularité demeure préservée. Cependant, à l’heure d’une mondialisation qui étend inexorablement son universalisme sonore, le Brésil se révèle également terre d’élection pour les musiques exogènes et, notamment, pour les rythmes électroniques les plus diserts, trouvant dans le sens de la fête exacerbée de la jeunesse brésilienne, un entrisme non négligeable. Pays de la danse, de la transe même, dans ses influences africaines encore perceptibles du côté de Bahia notamment, le Brésil fait partie de ces endroits où les musiques électroniques sont les mieux à même de se fondre dans un paysage musical propice à les accueillir, comme en témoigne l’effervescence bien réelle et les échanges plus ou moins assumés entre culture locale et culture « importée » qui animent les deux principales villes du pays : São Paulo et Rio de Janeiro.
// São Paulo versus Rio
Entre les deux villes, les différences sautent immédiatement aux oreilles. Sao Paulo, la moderne, cité de l’immensité et des gratte-ciels à perte de vue, décline la vision occidentalisée d’un nouveau havre techno/house, avec ses très nombreux clubs comme Le Clash, Le D-Edge, L’Inferno Club ou L’Enorme Pacha, sans oublier ces fameuses « boat-party » qui ont récemment défrayé la chronique par différents faits divers. Rio reste plus fidèle à ses traditions. La culture festive y est reine, marquée par le rythme syncopé et particulièrement entraînant des orchestres de samba ou les sections percussives de batucadas. Pour suivre les cariocas, – les habitants de Rio –, dans leurs frasques nocturnes, évitez les sentiers battus et les quartiers touristiques sans intérêt, sauf en journée, pour la plage bien sûr, d’Ipanema et de Copacabana, et suivez-les dans les quartiers populaires de Gloria et de Lapa. Le parcours s’apparente à la lecture d’un magazine de football. Traversez les quartiers résidentiels et commerçants de Botafogo, Laranjeiras (le bastion du Fluminense), Flamengo, avant d’apercevoir au loin l’imposante muraille des arches de Lapa.
// De Lapa aux Favelas
Minuscule quartier sis autour d’un carrefour et de quelques rues adjacentes, peu recommandables vous diront certains, Lapa, avec ses vieilles bâtisses coloniales aux balcons colorés, se transforme tous les soirs – et surtout le week-end – en une fourmilière humaine, dont les protagonistes se pressent à l’entrée des nombreux clubs de samba, parmi lesquels le Carioca Da Gema ou le Boêmia de Lapa. Mais pour trouver les sonorités les plus électroniques à Rio, et si vous voulez éviter les discothèques sans originalité, il vous faudra prendre quelques risques et essayer de gagner les fameux Baile Funk des favelas. Rivés le long des « morros », ces pitons rocailleux et rougeâtres qui se dressent dans la ville, les favelas sont le temple d’une véritable culture underground qui, comme dans bien des endroits, donne le « la » créatif. Créativité plutôt radicale ici, si l’on s’en réfère aux musiques des soundsystems des fêtes de la favela de Salgueiro par exemple. Organisés à l’entrée de la favela proprement dite, dans une halle de marché par exemple, ces Baile Funk ont de quoi dissuader à première vue, truffés qu’ils sont d’hommes armés en bandes, AK-47 à l’épaule, paradant au milieu des danseurs enivrés par les effluves de cocaïne et de maconha (l’herbe locale). Pourtant, et malgré l’ambivalence de cette violence sous-jacente, renforcée par les projections sur écran géant de matchs de boxe ou de catch caricaturalement machistes, on se laisse rapidement gagner par les rythmiques sourdes et cassées, croisement électro-carioca curieusement proche d’un dancehall trash ou d’un breakbeat tropical. Néanmoins, pour ceux qui rechignent à s’amuser et à découvrir les joies du mélange musical brésilien dans des conditions aussi potentiellement dangereuses, d’autres alternatives existent heureusement. La meilleure consiste sans doute à rejoindre l’excellent festival Universo Paralello qui, chaque année, investit la longue plage de sable de Pratigi dans l’Etat de Bahia, et qui fêtera l’an prochain son dixième anniversaire.
// Trance et Maracatu
Bien qu’initialement et majoritairement tourné vers les cultures électroniques d’orientation trance, avec des plateaux accueillant la crème du genre des artistes internationaux - Total Eclipse, System 7, Sun Control Species en 2009 - et le meilleur de la scène brésilienne - Cannibal Barbecue, Magma Ohm, etc. - Universo Paralello donne un excellent exemple de métissage en proposant dans son programme diverses performances de musiques traditionnelles. Lors de la dernière cérémonie d’ouverture, il a ainsi été possible d’assister à une excellente démonstration d’Estrela de Ouro, groupe de « maracatu rural », une combinaison, originaire de l’Etat du Pernambuco, de musiques très rythmées, de danses en costumes et de chants évoquant la mémoire des « nègres marrons » (ces esclaves évadés ayant trouvé refuge dans la jungle), un genre relativement oublié des grands carnavals brésiliens. Une ouverture symbolique, à la façon de ce qui se passe dans les grands raouts électros organisés en Afrique du Sud, dans les zones tribales proches du Mozambique et du Zimbabwe, ou dans les territoires aborigènes du Victoria en Australie ; une sorte de passage de témoin, respectueux et presque issu d’une filiation, entre une culture musicale traditionnelle vivace et les nouvelles musiques électroniques en plein essor.
Laurent Catala
Une escale à retrouver chaque semaine avec notre partenaire Mondomix.com
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